Les formes du sculpteur, quand il quitte la figuration, sont comme
des reliefs sortis du monde de l'âme ; le sculpteur dépasse la simple apparence
pour puiser dans sa vie intérieure des formes qu'il va imprimer dans les matières
dont il dispose.
Que ce soit la pierre ou le métal, le bois ou le verre, chaque matière lui permet de donner un caractère précis à la forme qu'il veut exprimer ; la pierre et particulièrement le marbre procurent un sentiment d'éternité, comme si le temps n'existait plus ; les métaux comme le bronze ou l'acier créent une dynamique qui efface l'ombre de la mort ; le bois nous plonge dans un courant de vie qui s'écoule inlassablement à travers les obstacles ; le verre ouvre dans la matière un espace pour la lumière, comme pour lui permettre de vaincre la pesanteur.
Pour le sculpteur, le monde des formes devient un univers qui parle un langage très précis : entre la matière et la couleur, la sculpture parle le langage du vivant, de ces forces qui organisent la matière inerte pour lui donner vie.
Au fil des formes est une ballade le long de ce fleuve où la vie s'écoule et raconte mille histoires à qui prend le temps de s'arrêter pour écouter ; une sculpture est à la fois une forme que l'on regarde, une matière que l'on ressent, une musique que l'on peut entendre...
Eric Despretz